Haïti, deux ans après le séisme: entre progrès et désespoir

Haïti, deux ans après le séisme: entre progrès et désespoir

Port-au-Prince, 12 janvier 2012. Sur la place du Champ-de-Mars, face au palais présidentiel toujours détruit.

Port-au-Prince, 12 janvier 2012. Sur la place du Champ-de-Mars, face au palais présidentiel toujours détruit.

© AFP/Thony Belizaire

Haïti, le 12 janvier 2010. À 16h53, heure locale, le pays est secoué par un tremblement de terre de 7,3 degrés sur l’échelle de Richter. Le séisme a fait au moins 200 000 morts et poussé à la rue 1.5 million de personnes. Deux ans après, la situation s’est améliorée. Mais pour de nombreux Haïtiens, elle reste critique.

 

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OMI), 100 000 abris provisoires en dur ont été construits, 420 000 personnes y ont trouvé refuge. Si le relogement de la population était l’une des priorités pour les organisations humanitaires, il l’est aussi pour le nouveau président haïtien, Michel Martelly. En août dernier, il a lancé avec les Nations unies un programme ambitieux, baptisé « 16-6 ». Ce programme favorise la reconstruction de maisons individuelles.

« Tout d’abord, il s’agit de former les personnes qui constituent la chaîne de la construction, depuis les ingénieurs jusqu’au maçon, jusqu’au propriétaire pour que chacun améliore la qualité de la construction, qu’on fasse des maisons qui soient plus solides, plus résistantes avec des matériaux de meilleur qualité », explique Eléonore Labattut, architecte et auteur d’un rapport intitulé La reconstruction de Port-au-Prince.

« Le plan 16-6 prévoit que chaque propriétaire établit son propre projet de maison. Sur le budget initial, les propriétaires peuvent rajouter leurs fonds propres afin de réaliser le projet qui leur correspond le mieux, s’adapter à la taille de la parcelle, à la taille de la maison, obtenir des prêts bancaires s’ils y ont accès, demander de l’argent aux gens de la diaspora. Le projet 16-6 a démarré dans 16 quartiers, que le gouvernement haïtien et les Nations unies ont défini comme étant prioritaires. Les personnes qui se trouvent encore sur six grands camps à Port-au-Prince, viennent de ces 16 quartiers. Donc en travaillant sur ces seize quartiers, on espère que les gens qui sont dans ces camps vont pouvoir retourner vivre dans leur quartier d’origine ».

Plus d’un demi-million de sinistrés vivent toujours dans la rue

Les projets de relogement existent. Mais leur mise en œuvre est jugée beaucoup trop lente par la majorité des Haïtiens. Puisque plus d’un demi-million de personnes sont toujours sans abri. Pour ces populations démunies, le quotidien est toujours d’une extrême précarité. Les sinistrés survivent sous les tentes, en proie aux intempéries et à l’insécurité qui sévit dans les camps.

Les organisations humanitaires soulignent pourtant les avancées qui ont été réalisées depuis le 12 janvier 2010. « Au lendemain du séisme, 1,3 million de personnes se sans trouvées sans logement. Aujourd’hui, on est passé à 550 000 ce qui constitue tout de même un progrès », fait remarquer Grégory Rondeau. Le responsable géographique pour Haïti de la Croix-Rouge française estime par ailleurs que la situation est plus complexe qu’elle n’y paraît. « Avant la catastrophe du 12 janvier, plusieurs dizaines voire centaines de milliers de personnes n’étaient déjà pas logées ou mal logées à Port-au-Prince. Et aujourd’hui, ces gens se retrouvent en partie également dans les camps qui existent encore ».

A Port-au-Prince, certains camps d’aujourd’hui seront les quartiers de demain

Selon de nombreux experts il est illusoire de croire que tous les camps vont disparaître dans le futur. « C’est un peu la façon dont s’est construit Port-au-Prince : dès qu’il y a une opportunité de terres, les gens tentent de s’y installer et développent ensuite leur habitat », explique Eléonor Labattut. « Depuis toujours, les quartiers informels, les bidonvilles, de Port-au-Prince se sont développés ainsi : on part d’une petite tente, et petit à petit on la consolide et ça devient un véritable habitat. Donc il y a une partie des camps qui va certainement se transformer en quartiers dans la durée ».

Le palais présidentiel toujours un tas de ruines

Les rues de Port-au-Prince portent toujours les cicatrices de la catastrophe. 5 millions de m3 de débris jonchent encore les rues de la capitale et des régions touchées par le séisme. Des tonnes de béton qui rappellent à chaque instant aux Haïtiens le traumatisme qu’ils ont vécu.

Pour sortir la population de cette situation, il faut plus qu’un toit pour chaque famille, estime Frantz Duval, rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste. « Les administrations publiques, les églises, les grandes institutions, l’université, les principales écoles, rien de tout cela n’a commencé à se reconstruire. Que le palais présidentiel, deux ans après, soit encore un tas de décombres, ce n’est pas un signe positif. C’est la partie emblématique de la reconstruction qui nous manque », déplore le journaliste. « À titre individuel, chaque Haïtien fait des efforts pour essayer d’améliorer son quotidien. C’est aujourd’hui la responsabilité de ce gouvernement et de l’élite haïtienne de transformer cette énergie qui existe en autre chose ».

Le pari n’est pas gagné. Le président Michel Martelly n’a pas de majorité au Parlement haïtien. Et l’ONU fait savoir que des 4,5 milliards de dollars, promis par la communauté internationale pour la reconstruction d’Haïti, seule la moitié a été allouée pour l’instant en tout cas.

Source:  http://www.rfi.fr/ameriques/20120112-deux-ans-apres-le-seisme-entre-progres-desespoir

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